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Rivières de caoutchouc sur tampons surannés

En fouinant l’été dernier dans une bibliothèque amie, j’ai découvert l’existence d’un petit trésor cartographique : les « timbres caoutchouc Jean-Pierre ». Présenté sous la forme d’un coffret cartonné non daté, c’est un ensemble de tampons des côtes et fleuves de France. L’ensemble, incomplet, déroule une poésie graphique désuète, proche des cartes scolaires du siècle dernier et de la géographie à la Vidal de la Blache. J’ai essayé d’en retrouver l’hydronymie correspondante, foisonnante et imagée.

Comme sur tout bon tampon, l’image se découvre en négatif. Le premier d’entre eux, étiqueté “Nord”, dévoile clairement la côte d’Opale, et les fleuves qui s’y jettent : l’Aa, la Canche, l’Authie, la Somme, puis le Lys, peut-être la Scarpe, l’Escaut, la Sambre et l’Oise.

En Normandie, l’Iton se jette dans l’Eure qui se jette les méandres paresseux de la Seine. Puis l’Orne et la Vire traversent ce qui semble évoquer la partie normande du massif armoricain pour se jeter entre côte Fleurie et côte de Nacre. Sarthe et Mayenne naissent au sud.

La lecture de l’Est se complique par absence de côtes mais la frontière allemande aide : d’ouest en est, on situe l’Yonne, la Seine, la Marne, l’Aisne, la Meuse, la Moselle (et le massif des Vosges qui protège sa source), sans doute la Sarre, enfin le Rhin et son affluent l’Ill.

Retour plein ouest, en Bretagne : l’Aulne et le Blavet, aujourd’hui reliés par le canal de Nantes à Brest, se jettent chacun dans leur rade – Brest pour le premier, Lorient pour le second. A l’est, la Vilaine et la Rance irriguent la partie plus continentale de la péninsule.

La Loire et son bassin-versant s’étalent sur un tampon entier. En remontant la Loire, on croise Mayenne, Sarthe, Loir, Vienne, Creuse, Indre, Cher, puis l’Allier bien plus près de la source, et l’Aron. Loing, Yonne et Aube apparaissent au Nord.

(Interlude : je me demande ce que représentent les lignes pointillées qu’on voit sur presque tous les tampons. Ni bassins-versants ni régions administratives, je penche pour une classification géographique spécifique à cette collection. Des idées ?)

Le tampon Ouest, plus petit, est aussi moins riche en éléments géographiques : au nord, la Loire et la Sèvre Nantaise, au centre la Sèvre Niortaise, au sud la Charente, un trait oblique pour le relief et c’est tout. Le tampon y gagne en netteté.

En continuant vers le sud, on découvre une carte plus foisonnante du réseau hydrographique du Sud-Ouest et du bassin aquitain (erreur de classement pour le tampon qui était rangé dans la pochette « Massif Central »). La Garonne y déploie ses affluents : au nord et depuis la Gironde, l’Isle, la Dordogne (et Vézère et Corrèze qui s’y écoulent), le Lot et la Truyère, l’Aveyron puis le Tarn ; au sud, Baïse, Gers, Gimone et Save, Garonne puis Ariège. Aude et Têt se jettent dans la Méditerranée. Plus au sud-ouest (donc en haut à gauche de l’image) coulent L’Adour et ses affluents, le gave de Pau et le gave d’Oloron. Les lignes pointillées mystérieuses sont encore là.

Le tour de France se termine sur les Pyrénées. Ici, pas de nouveautés : A l’Est, on retrouve Aude et Têt, tandis qu’Ariège, Garonne, Save, Gers et Baïse, Adour et Gave de Pau viennent prendre délicatement leur source au pied des Pyrénées ariégeoises.

Le grand Sud-Est brille par son absence mais la balade se termine ! Pour conclure en changeant un peu d’échelle, je vous laisse avec cette presque-France de tampons, bidouillée sous Inkscape, mais qu’on imaginerait bien sur une feuille de buvard bleu 24×32…