La ville créative entre « off » et planification

Elsa Vivant, Qu’est ce que la ville créative ?, PUF / PUCA, coll. « Villes en débat », 92 pages, 2009, 8 €.

Voilà une introduction idéale à la notion de ville créative, et aux enjeux qu’elle recouvre. Se plaçant dans la posture d’un questionnement critique des thèses de Richard Florida, l’auteure structure son propos en quatre étapes.
L’observation des « scènes de la créativité artistique », d’abord, met en avant le rôle essentiel des lieux off dans le renouvellement des propositions artistiques. Le rôle des artistes dans les dynamiques de gentrification est ensuite questionné, rappelant que les populations considérées en général comme pionnières du phénomène (artistes, puis les fameuses « classes créatives ») connaissent également une  précarité certaine et sont soumises à des dynamiques et à des contraintes qui leur échappent.
La troisième partie se penche sur la ville en tant que territoire de l’économie créative, du quartier à la métropole, tandis que le dernier chapitre – également le plus critique – s’intéresse aux formes d’instrumentalisation de la culture au service du développement urbain, à l’aide de nombreux exemples. E. Vivant questionne la pérennité de grands équipements culturels pensés comme outils d’attractivité  (p. 71-72) :

« En s’attachant d’avantage au contenant (par le choix d’une architecture iconique) et au logo (par le recours à des franchises d’institutions prestigieuses) qu’au contenu (le programme culturel), ces projets perdent vite en substance (…). Ce détournement des équipements culturels en instruments d’attractivité commerciale fragilise les opérations urbaines dans lesquelles ils s’inscrivent et met sérieusement en péril les stratégies qui les sous-tendent. Parachuter ainsi un équipement culturel sans projet précis constitue une démarche vaine et risquée. L’instrumentalisation de la culture n’a de sens que si elle s’inscrit dans une histoire locale et une politique culturelle ».

Enfin, la conclusion nous invite à repenser le rôle du hasard et de la sérendipité dans la fabrique de la ville : l’imprévu, l’informel ont un rôle essentiel dans le maintien d’une vie urbaine diversifiée, un trait fondamental des véritables « villes créatives », loin des préoccupations urbanistiques ou planificatrices.

La brièveté de l’ouvrage, si elle ne permet pas toujours de développer dans le détail les mécanismes et situations présentés, est souvent synonyme de clarté et de concision. Une lecture conseillée pour tous ceux qui s’intéressent aux dynamiques urbaines contemporaines.